GABRIELLE LAROCHE

VIERGE DES CONFINS BURGONDO-CHAMPENOIS EN PIERRE POLYCHROMEE

ORIGINE :FRANCE, REGION DE MUSSY SUR SEINE

EPOQUE: 2ème quart du XIVème siècle, vers 1330

DIMENSIONS: Hauteur: 97 cm

Calcaire dur à grain très fin
Polychromie parfaitement conservée

L’imposante Vierge du XIVème siècle au regard lointain, que nous vous présentons, est un des plus beaux exemples de l’art sculptural courtois.
L’attitude cambrée de notre Vierge est bien motivée par le poids de l’enfant porté haut sur son côté gauche.
La longue robe bleue aux plis profonds souligne bien la position de la jambe droite porté sur le coté.
La taille haute est soulignée par une exceptionnelle ceinture polychromée verte et or ornée, de rosettes alternant avec des boucles formées de trois points juxtaposés, dont l’extrémité tombe à l’oblique le long du pli jusqu’au bas de la robe.

Elle est revêtue d’un manteau rouge dont les deux pans sont retenus devant, par une cordelette et deux glands. Ils tombent à l’aplomb des épaules, en une cascade de méandres qui s’opposent par leurs courbes aux plis en méplats de la robe.
Cette disposition du manteau est aussi celle de la Vierge lorraine du Museum of Fine Arts de Boston ou de celle du Metropolitan Museum de New York ainsi que d’un certain groupe de Vierges de la région .
Dans le dos sculpté avec application, s’étalent les chutes du voile, au fin plissement libre, tandis que se forment de grands replis verticaux et que le manteau se creuse de trois grands plis en V sur chacun des côtés. Son voile court est ceint d’une couronne à motifs feuillagés et fleuris. Au-dessus du front haut, les cheveux blonds ondulent en forme d’accolade. Son visage large, au nez droit, aux yeux bleus en amandes assez écartés, à la petite bouche parfaitement dessinée et au léger double menton esquisse un doux sourire. Une fossette creuse le menton.
Raffinement supplémentaire: on aperçoit, de chaque côté sous le voile, une résille polychromée retenant les cheveux.

L’ENFANT
Le traitement des cheveux de la Vierge contraste avec ceux de l’Enfant travaillés en épaisses boucles blondes.
La tunique longue, plissée et dorée de l’enfant s’ouvre, faisant jaillir deux revers triangulaires rouges très caractéristiques, terminés par un bouton.
Sous la tunique, à l’encolure apparaît la petite chemisette verte qui recouvre aussi les avant-bras.
De sa main droite tendue horizontalement, il répond au geste de sa mère qui, de la même manière que la Vierge de l’Hôpital de Tonnerre, devait lever la main en signe d’oraison.
De l’autre main il tient une fleur d’églantine par les pétales.
Autre similitude: le même petit pied nu, émerge de la tunique et montre la plante du pied droit.

ICONOGRAPHIE
Cette Vierge, tout en possédant presque tous les caractères des Vierges du Groupe de St Dié défini en 1936 par William Forsythe, semble en même temps très proche d’un groupe étudié en 1968 par Pierre Quarré, et situé aux confins burgondo-champenois, autour de la ville de Mussy sur Seine, résidence de l’évêque de Langres au XIVème siècle.
Un groupe de Vierges étudié par Pierre Quarré dont les Vierges sont présentes dans les églises situées autour de Mussy sur Seine (certaines, plus éloignées, sont toutefois placées dans l’ancien diocèse de Langres) présentent certains caractères des Vierges Lorraines mais possèdent, en plus, un certain nombre de détails communs.
-Le hanchement est moins sensible.
-La robe resserrée par une fine ceinture est formée de trois gros plis dont le contact avec le sol détermine dans le pli médian deux cassures, qui accentuent son inclinaison.
La robe froncée au-dessus de la ceinture.

CONCLUSION
La Vierge présentée ici est une synthèse de ces deux types que nous venons d’évoquer; sans doute peut-on la situer comme provenant d’une région aux confins de la Lorraine et de l’ancien Comté de Bourgogne.

BIBLIOGRAPHIE

William Forsythe:
Metropolitan museum studies, 1936, p 235.
En 1936 William Forsythe, dans un premier essai de classement des Vierges à l’Enfant du XIVème siècle, étudiait les Vierges de l’ Est de la France et plus précisément de Lorraine. Il distingue comme prototype toujours reconnu aujourdhui la Vierge du Cloitre de St Dié (Vosges) autour de laquelle il rassemble trois autres Vierges présentant des caractères identiques et bien définis sous le nom de « Groupe de St Dié «:
- La Vierge à l’Enfant du Metropolitan Museum de New York provenant du village de Chatenois près de St Dié (Vosges).
-La Vierge à l’Enfant du Musée des Beaux Arts de Boston provenant semble-t-il de l’église St Maurice d’Epinal (Vosges)
- La Vierge à l’Enfant du Musée de l’Hotel de Ville de St Dié qui provient du Village voisin de Ste Marguerite

Pierre Quarré:
Gazette des Beaux Arts,1968
Les statues de la Vierge à l’enfant des confins burgondo-champenois au début du XIVème siècle.
Pierre Quarré étudia les Vierges des églises de Mussy sur Seine, Gyé, Brion sur Ource, Tonnerre, Bayel et Langres ainsi qu’une Vierge entrée en 1968 au Musée de Dijon et de provenance inconnue.